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PRESSE PRIVEE :

La «Ballade triste» de Zoé Cappon, le labyrinthe fascinant du confinement

 

Loulou, diva sublime, personnage erratique et fragile, envahit l’espace de sa présence évidente et ductile.

Pascal Gavillet

Tribune de Genève 30.04.2021

Madame Loulou dans «Ballade triste» de Zoé Cappon, quelle présence!

Ce doit être cela, la pluridisciplinarité. Passer du spectacle de cabaret au chant, de l’art plastique à la vidéo. Récemment, Zoé Cappon avait présenté, avec Jonathan Delachaux, des marionnettes à taille humaine à l’intérieur du Musée Rath, résidence tout sauf improvisée qui était visible en mars. Aujourd’hui, la revoici, assistée de Julien Chaix, derrière la caméra vidéo de «Ballade triste». Un métrage d’un peu plus d’une heure réalisé durant le confinement du printemps 2020 et suivant les pas de Madame Loulou en quête d’artistes dans différents lieux clos désertés – théâtres, cabarets ou appartements.

Derrière chaque porte se niche un univers, une apparition et des chansons, le tout filmé en une succession de plans-séquences. Le caractère surréaliste de l’ensemble, métaphore d’un enfermement contraint forçant les artistes à se réinventer, n’est pas sans rappeler la structure d’«Alice au pays des merveilles» de Lewis Carroll, tout comme celle de certains Lynch. Comparaisons hardies, sans doute exagérées, mais qui traduisent relativement bien ce mélange d’hébétude et d’admiration qu’on se prend à avoir dans l’attente impatiente de chaque nouvelle ouverture de porte.

Fusion des genres et casting de choix

Loulou, diva sublime, personnage erratique et fragile, capte merveilleusement la lumière, envahit l’espace de sa présence évidente et ductile (qu’est-ce que les cinéastes du coin attendent pour lui confier des rôles?). Plus que fil rouge du récit, elle hante le film en traversant ces couloirs vides et désassortis, elle campe cette femme perdue dans le labyrinthe d’une conscience dont aucune issue n’existe et dont on la chasse perpétuellement – d’ailleurs dans des langues qu’elle dit ne pas comprendre.

Mais «Ballade triste», c’est aussi le contexte onirique d’une comédie musicale qui ne cesse de se réinventer. Façon cabaret, avec Kate Reidy reprenant «Blue Velvet», plus rock avec ce standard de «Hair», «I Got Life», qu’entonne Zoé Cappon dans une cuisine, deux exemples parmi d’autres. La musicalité et la variété des choix à l’œuvre dans ce film contribuent à entrouvrir l’œuvre à toutes sortes de thématiques, si possible nocturnes. Chaque artiste a d’ailleurs proposé une chanson qui l’a accompagné durant le confinement, reflet de différentes préoccupations accrues durant la crise sanitaire, de la solitude à la peur de la mort.

Côté casting, on retrouve la plupart de ceux et celles que Zoé Cappon côtoie artistiquement depuis des années. De Sophie Solo à Michel Barras (incroyable séquence de mise à nu au propre comme au figuré), de Patrizia D’Ambrosi aux différents musiciens avec lesquels Zoé joue dans ses groupes. Le film témoigne aussi de la fusion de genres, d’un brassage furieux entre concerts, cabaret et performances. Il est programmé au Cinéma Spoutnik jusqu’à dimanche soir. Le prolonger ne serait pas un luxe.

Cabaret apocalyptique et pandémique

LUNDI 26 AVRIL 2021 BERTRAND TAPPOLET   Le Courrier 

Dans une atmosphère lynchienne, la fellinienne Loulou et sa troupe signent un hymne à la liberté.

Entre film et cabaret, un joyau satirique, politique et poétique à découvrir au Spoutnik.

 De cinéma en cabaret live, au cinéma Spoutnik jusqu’au 2 mai, on découvre d’abord Ballade triste, film réalisé par Zoé Cappon. A l’écran, on suit les pérégrinations de Loulou en quête d’artistes cloîtré·e·s. Sidérée et interdite, Madame ­trimballe son spleen de salles désertes en lieux abandonnés, dans un jeu parfois proche de Laura Dern dans le labyrinthique Inland Empire de David Lynch. Le périple débute dans les loges abandonnées de la Cave 12, qui vit naître, en d’autres murs, le Cabaret d’avant-guerre de la Dame, il y a trente ans.

Mélancolie filmique

Loulou y croise une figure à la Nico tatouée de brumes tabac. Kate Reidy passe ici une version rock brut tatouée jusqu’à l’os de la chanson «Blue Velvet», issue du film éponyme signé Lynch. Réminiscence mémorielle, ce stimulus sensoriel ­venait agiter les personnages lynchiens comme sous l’effet d’un envoûtement ici reconduit. Se découvre ensuite en appartements d’artistes toute la créativité essentielle, musicale, vocale, assignée à résidence. N’est-elle pas confinée dans une mise en boîte kafkaïenne?

Face au miroir d’un Grand Théâtre déserté, Madame Loulou reprend in fine de son vibrato charnu et mélancolique «Je ­reviens te chercher», chanté ­autrefois par Gilbert Bécaud – «… plus riche qu’aux jours passés / De tendresse et de larmes et de temps». Au cœur de la plus grande crise sociale, artistique et humaine de ce siècle, plutôt que de se faire l’augure du monde d’après, Loulou, astre sociable et puissamment solitaire, n’a rendez-vous qu’avec elle-même. Et avec le plus nu et vrai de nos vies déboussolées.

Cabaret vital et viral

Au drame du confinement ­succède le restreint retour du public pour le cabaret intitulé Je reviens te chercher, joué en soirée au Spoutnik. On renoue ici avec l’avant-garde artistique berlinoise de l’entre-deux-guerres. Se déploient des chansons à textes rimant avec notre ­aujourd’hui en sursis. Apocalypse est d’abord révélation. Coiffe baroque de champignon nucléaire, Madame Loulou chante «Il y avait une ville» de Claude Nougaro (1958). Qui se fait chroniqueur sous le souffle du spectre d’un conflit atomique omniprésent dans les années de guerre froide. A l’écoute des lignes «Y avait une ville / Et y a plus rien», c’est toute la chanson de nos confinements qui se réanime.

Entre des interludes pertinents, écrits notamment au ­regard de notre quotidien distancié et sanitarisé, Zoé Cappon refigure ainsi un strip-tease ­façon Cabaret New Burlesque. Ce numéro interroge habilement la censure imposée par le religieux au corps – dénudé ou non – des femmes. L’épisode est rehaussé d’un esprit dessin de presse qui va à l’essentiel, ne se lestant pas de fioritures. En salle de cinéma, l’ensemble dialogue avec des projections en noir-blanc de foules festivalières ­portées disparues sur un titre rimbaldien de Patti Smith (extrait de l’album Horses). Evoquant la mer des possibilités, il est réenchanté par une Zoé ­Cappon portant robe de mariée stylisée à la PJ Harvey.

Plus loin, l’almodovarienne Patrizia D’Ambrosi rassemble ses origines familiales transalpines pour communier nonchalamment en kimono orientalisant avec les paroles de l’indémodable «Il Conformista» («Le Conformiste») de Giorgio Gaber (1996). Autrefois fasciste, le conformiste est successivement marxiste-léniniste, anarchiste et soixante-huitard… Flottant tel un ballon gonflé par l’info conjuguée présentement aux réseaux sociaux, «il touche le monde avec un doigt et se sent comblé».

Barbara et Vaneigem

Le final est digne du théâtre d’agit-prop désenchanté et postrévolutionnaire. Drapée dans une robe de cantatrice, Sophie Solo livre à la Barbara le saisissant et libertaire «La Vie s’écoule» (1961), dû à l’écrivain et philosophe situationniste Raoul Vaneigem. D’une acuité toujours tranchante. «Rien n’a changé mais tout commence / Et va mûrir dans la violence (…) Parti des rouges, parti des gris / Nos révolutions sont trahies», entend-on.

Interprétée sur le vif par Stéphane Augsburger, Jonathan Delachaux, Julien Israelian et Alain Porchet, la musique foisonnante d’inventivité fait son miel d’une large palette expressive. Elle butine du rock au blues, musardant par le jazz et les folklores d’ici et d’ailleurs ­revisités. Que du bonheur.

«On ne voulait pas être pleurnichards»: un film et un cabaret sur la culture confinée 24 avril 2021

par Vincent Nicolet  Heidi.news

C’est l’histoire d’une séparation et de retrouvailles qui se joue en ce moment au Cinéma Spoutnik, dans l’antre de l’Usine à Genève. Un récit en deux temps –un film et un cabaret– pour raconter l’année des artistes confinés et, enfin, fêter le public retrouvé. Qu’on se le dise, quelques jours seulement après un relâchement des mesures sanitaires, prendre place devant un spectacle de plumes et de paillettes, ça a un parfum transgressif.

Après des mois de disette culturelle, l’étau se desserre quelque peu pour les théâtres et les cinémas. Pour beaucoup d’artistes, revenir sur cette période suspendue et trouble relève d’un exercice d’extériorisation, d’un devoir de témoignage. Tourné durant l’été 2020, en plein confinement, «Ballade triste», premier long métrage de la plasticienne et comédienne genevoise Zoé Cappon, part à la rencontre de ceux qui ont été privés de scène et de public.

«La trame narrative naît du sentiment de solitude et des expériences vécues dans l’isolement, puis se déploie à partir de cette intimité pour retrouver le partage et le vivre ensemble», explique la réalisatrice. Dans cet enchaînement de scénettes tournées en plan-séquence, on suit la metteuse en scène Madame Loulou, cherchant désespérément les artistes de son cabaret. Mais voilà, les salles sont vides et les coulisses désertées.

Le film est parti d’un défi que se sont lancés les comédiens des compagnies Shiko Hito et Théâtre du Fil lorsque leurs projets ont été stoppés par la pandémie. Chaque matin, ils s’envoient une vidéo les mettant en scène, chantant et dansant à la sortie du lit. «On l’a fait pour se donner du courage, on ressentait le besoin de se soutenir mutuellement», souligne Zoé Cappon. Des vidéos à valeur documentaire qui débouchent sur un projet de long métrage de 68 minutes autoproduit.

Madame Loulou quitte donc les plateaux dépeuplés pour s’inviter chez ses artistes, et navigue d’un couloir du Grand Théâtre à leurs appartements locatifs comme dans un labyrinthe. À chaque rencontre éclot un texte, un chant et de la musique pour évoquer le manque des familles, le complotisme, la solitude des personnes âgées ou encore la peur de la maladie et de la mort. Dans leurs caves, cuisines et salles de bain, on retrouve Zoé Cappon, Julien Chaix, Patrizia D’Ambrosi, Dorothée Lebrun, Kate Reidy, Sophie Solo, Michel Barras et Charlie Houssay-Bilbille.

«Il y a quelque chose de bizarre à jouer chez soi, pour un public, décrit Zoé Cappon. Je ne crois pas que cela soit l’endroit idéal d’une représentation, cette intimité est intrusive, notre place est sur une scène.»

Loin de la complainte, «Ballade triste» est un témoignage. Celui des artistes, musiciens et comédiens écartés des planches qui ont vécu diversement cet été culturel étriqué. Il y a ceux chez qui la joie l’emporte et qui, en famille, chantent attablés au gré d’une fanfare. Il y a les déprimés, les abasourdis. D’autres qui, groggys, travaillent inlassablement leurs partitions, en costume, dans leur chambre ou leur salon.

«Nous avons gardé cette palette de caractères, confie Zoé Cappon. On a tout vu pendant cette crise; des artistes tombant dans la paranoïa à ceux dont l’isolement a servi leur inspiration. Mais l’impatience était présente en chacun de nous pendant le tournage. On ne voulait pas être pleurnichards.»

C’est donc le temps d’avant, celui du confinement, qui est projeté sur l’écran. Le cabaret pourra-t-il prendre forme, sur scène? C’est là la deuxième partie de ce récit, où l’on découvre Madame Loulou, et ses acolytes en chair et en os. Avec «Je reviens te chercher», sous la mise en scène de Loulou, exit les tracas et les solitudes. Place aux corps, à la joie et aux libertés retrouvées.

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GHI.      02.03.2021    Rédigé par Fabio Bonavita

 

Le Musée Ariana accueille, à tour de rôle ou simultanément, quatre artistes genevois pour une durée totale de quatre semaines, durant les mois de mars et avril. Cette résidence d’artistes se déploie dans le cadre des différentes mesures de soutien mises en place par la direction du Département de la culture et de la transition numérique de la Ville de Genève. Les quatre heureux élus sont Tami Ichino, Gabriel Nunige, Jonathan Delachaux et Zoé Cappon.

Tami Ichino, durant son travail en résidence, réalisera une recherche personnelle, selon son inspiration du moment et en rapport avec ce qu’elle découvrira dans le musée. Ses points d’intérêts sont les relations entre l’art de la cuisson et son travail en peinture/objet, du point de vue des couleurs, des motifs, des textures utilisés ou encore les relations avec la nature, l’utilisation de la symbolique et les tensions entre tradition et modernité. Quant à Gabriel Nunige, il proposera, à l’aide d’un carnet, d’explorer le musée. Ses dessins prendront ainsi la forme d’une déambulation, d’une rêverie où se mélangent les éléments graphiques, vitraux, motifs, les volumes des céramiques, leurs textures et l’architecture. Ceci dans un espace hybride, celui du dessin.

 

Enfin, Jonathan Delachaux & Zoé Cappon, ce couple d’artistes mène actuellement un travail artistique autour de la création d’une quarantaine de personnages, faite de pantins articulés de taille humaine. Ils installeront leurs personnages dans le grand hall de l’Ariana et feront les dernières finitions de ces 40 individus sur place, afin de les mettre en scène dans le musée. 

Musée Ariana, jusqu'au 30 avril 2021, institutions.ville-geneve.ch/fr/ariana

Bilan, Etienne Dumont , février 2021

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Tribune de Genève, Fabrice Gottraux,  le 3 juillet 2020

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Tribune de Genève, Fabrice Gottraux,  le 1 avril 2020

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Tribune de Genève, Irène Languoin,  le 5 juin 2018

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Tribune de Genève, Katia Berger,  le 24 mars 2017

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R.E.E.L. ., 31 mars 2017, Fabrine Imhof

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Radio Vostok, 16 avril 2015 lien ici 

Radio Vostok, 25 janvier 2019 lien ici

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